Menaces pour les démocraties

L’association Universel-Singulier se retrouve particulièrement dans les propos de Tzvetan Todorov, dont le texte est consultable ici : Menaces sur la démocratie

Engagement de l’association dans la promotion du bien-être à l’école depuis 2015

L’association Universel Singulier s’est engagée dans la préparation du colloque « Prévenir la violence au travail et créer les conditions du bien-être » en 2013 en partenariat avec l’Institut de Gestion de Rennes. Apparaissait l’importance de la souffrance induite soit par des situations de harcèlement au travail soit par un management non participatif, soit par des configurations nouvelles d’activité pour l’individu, non accompagnées ou délétères pour l’identité du salarié, soit par une valorisation à outrance de la performance individuelle et le risque inhérent d’oublier l’individu ( DEJOURS). A distance de ce temps d’échange admirablement conclu par l’ancienne présidente d’honneur de l’association Universel Singulier, Magda LAFON , qui interrogeait les participants «  Que retenez-vous de cette journée  et que ferez-vous demain pour vous engager dans la promotion du bien-être au travail? » , il nous a semblé utile de prolonger notre réflexion sur la promotion du bien-être à l’école , tenue pour hypothèse de prévention de la violence. Ce sujet a été particulièrement étudié par différentes disciplines , aussi nous proposons de le développer en différents temps en adoptant comme premier temps de réflexion et d’échanges celui des facteurs de protection concourant au bien-être des jeunes à l’école . Il semblerait faux de considérer exclusivement les facteurs de protection à développer chez les élèves sans considérer les acteurs de la communauté éducative-parents, enseignants, personnels administratifs-inspecteurs…De même, il serait artificiel d’isoler cette problématique de la promotion du bien-être des élèves sans considérer l’inscription sociale de l’établissement scolaire dans la ville, sans considérer les interactions entre les membres de l’établissement scolaire et en oubliant les effets de la mondialisation sur la santé mentale de tous dans les divers aspects de leur vie. FURTOS ( Déclaration de Lyon) affirmant que la mondialisation nécessite une approche systémique et globale de la santé qui doit prendre en compte les différences de pays, de région, de religion, de culture…la vie sociale des êtres humains devient un enjeu majeur.

Nous mentionnerons la démarche spécifique de la promotion de la santé qui consiste à interpeller les politiques pour élaborer des politiques publiques saines, créer des conditions de vie favorables à la santé, favoriser l’implication collective en vue d’une participation effective concrète de la population aux décisions qui les concernent, favoriser le développement des aptitudes individuelles tout au long de la vie.

Le bien-être appartient à la définition donnée par l’OMS de la santé «  état complet de bien-être physique mentale et sociale ». Le Cadre d’action de la promotion de la santé mentale en Europe nous indique en 1997 que «  la santé mentale se construit, puis se déconstruit dans les familles et les écoles, dans les rues et dans les milieux de travail. Elle est le résultat de la façon dont nous sommes traités par les autres et de la façon dont nous traitons autrui. »

L’état d’équilibre psychique d’une personne à un moment donné s’apprécie à l’aide de son niveau de bien-être subjectif, de l’exercice de ses capacités mentales et de la qualité des relations avec le milieu. La santé mentale est liée tant aux valeurs collectives dominantes dans un milieu donné qu’aux valeurs propres à chaque personne. Elle est également influencée par des conditions multiples : économiques, sociales culturelles, environnementales et politiques. Le modèle de MacDonald et O’Hara (1998) conçu dans la perspective de la promotion de la santé mentale propose d’accorder une place importante aux conditions sociales et aux processus sociaux sans toutefois négliger les facteurs individuels ( estime de soi, gestion des émotions, habiletés d’auto-contrôle) et la qualité de l’environnement immédiat. Pour ces auteurs, la santé mentale serait le rapport de la somme des environnements favorables, de l’estime de soi, de la gestion des émotions, des habiletés d’auto-contrôle et de la participation sociale à la somme des environnements défavorables, de l’abus émotionnel, de la négligence des émotions, du stress et de l’exclusion sociale.

L’abus émotionnel est défini par un ensemble de facteurs pouvant nuire à l’estime de soi tels que la violence physique et psychologique.

La négligence des émotions renvoie à la manière dont les institutions et les individus empêchent de développer et d’exprimer une vie émotionnelle.

Un des principaux facteurs de risque associés à la santé mentale serait l’écart entre les pauvres et les riches ( HAY, 1987).

Un autre modèle, conceptualisé par ALBEE ( 1993) identifie que l’incidence de la psychopathologie est le rapport de l’addition des facteurs biologiques, du stress et de l’exploitation ( rôle de la pauvreté et de l’écart entre les pauvres et les riches) sur la somme des habiletés d’adaptation, de l’estime de soi et du soutien social.

Le modèle adopté par les auteurs canadiens et utilisé pour évaluer l’utilité d’interventions en milieu scolaire a conjugué les apports conceptuels d’ALBEE et de MAC DONALD : il souligne l’importance d’agir aux différents niveaux systémiques, soit celui de l’individu, de son milieu immédiat et de son environnement global. Il est rappelé par ce modèle que la santé mentale et l’action pour la promouvoir ou en prévenir les troubles dépend non seulement de facteurs individuels et environnementaux mais aussi de leur interaction. Ainsi la santé mentale est le rapport de ressources personnelles de base, de l’estime de soi, du soutien social, de l’inclusion sociale et des environnements favorables à la somme des facteurs biologiques négatifs, du stress, des inégalités socio-économiques, de l’exclusion sociale et des environnements défavorables. RINGEN cité dans le rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social ( STIGLITZ, FITOUSSI, SEN, 2009) montrait une forte corrélation entre le niveau d’isolement de chacun et la mesure de son bien-être, sa confiance en soi, sa capacité et son pouvoir d’agir.

Les enjeux de la santé mentale sont importants. En effet la Commission Européenne soulignait dans son rapport Objectifs stratégiques 2005-2009 que « la santé mentale contribue à la prospérité, à la solidarité, à la justice sociale » (La santé mentale, l’affaire de tous, Kovess V., 2009) . Une des orientations du pacte européen pour la santé mentale et le bien-être ( 2008) indiquait les préconisations pour favoriser la santé mentale chez les jeunes et dans le secteur de l’éducation : « offrir des interventions précoces et des programmes de promotion des compétences parentales, d’améliorer la formation des professionnels impliqués dans la santé, l’éducation et les autres secteurs pertinents en matière de santé mentale et de bien-être de la jeunesse, d’intégrer l’apprentissage socio-émotionnel dans les programmes scolaires et les activités périscolaires des écoles maternelles et primaires, de faire participer les jeunes à l’éducation, la culture, le sport, l’emploi, de prévenir les abus, l’intimidation, la violence entre et contre les jeunes, ainsi que de limiter leur exposition à la pauvreté. »

Toujours dans ce rapport, Viviane KOVESS précise que « l’école est un espace privilégié pour répondre aux besoins en santé mentale des jeunes et pour favoriser leur épanouissement » que« la santé mentale est le moyen de s’épanouir sur le double plan intellectuel et émotionnel, de trouver et de tenir sa place dans la vie sociale, scolaire et professionnelle. »Un certain nombre de travaux anglo-saxons insistent sur l’importance de nouveaux axes de la pédagogie scolaire pour le développement d’un capital personnel, censé favoriser la cohésion et l’intégration sociales, le développement des dispositions à apprendre, de l’identité et de la confiance en soi ainsi que la préparation au vivre ensemble. L’auteur de ce rapport souligne que le système éducatif français tarde à intégrer ces compétences dans les apprentissages scolaires.

Maridjo GRANER ( 2013) soulignait que l’école devrait entreprendre des réformes en changeant ses méthodes, en changeant ses finalités . Actuellement cette institution valorise excessivement l’intelligence scolaire et la réussite individuelle. Communiquant au congrès tenu à l’UNESCO en 2013 ( Ecole changer de cap), Maridjo GRANER préconise un changement de culture à l’école qui actuellement est individualisante pour une orientation vers la réussite ensemble. Elle formulait un plaidoyer pour le développement de savoirs -faire, être, se connaître et vivre ensemble- reconnus comme une base éducative de la responsabilité solidaire. Une éducation psychosociale est vue comme un acte civilisateur par Maridjo GRANER.

Les données de Baromètre santé, en 2005 montraient une prévalence élevée des épisodes dépressifs entre 15 et 25 ans. Les scores d’anxiété et de dépression sont particulièrement élevés entre 15 et 19 ans.

L’enquête PISA ( Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves, 2009) montrait que moins d’un jeune sur deux déclare se sentir bien à l’école, donnant à la France le plus mauvais score des 41 pays comparés. 45 % des élèves français disent se sentir à leur place en classe contre 81 % en moyenne dans les pays de l’OCDE.

Une enquête menée par FONDAPOL en 2008 montrait que 26 % des français de 16 à 29 ans jugeaient leur avenir prometteur contre 60 % des danois ou 54 % des américains. Quelles raisons à cette opinion ? Le regard des adultes sur les jeunes perçus sous l’angle de l’irresponsabilité susceptible de conduire à deux attitudes : le repli sur soi ou l’agression.( Stellinger, FONDAPOL,2008, ). Un poids trop important donné à la scolarité se discute , un sentiment de maîtrise de sa vie inculqué dès un très jeune âge conduisant au fait que le jeune français cherche à se placer tandis que le jeune danois cherche à se trouver ( Van de Velde, 2008)

Différents programmes de promotion de la santé mentale en milieu scolaire ont été évalués. Ainsi les travaux de HAMEL ( 2001) ont montré que de bonnes ressources personnelles de base ( connaissances, compétences et attitudes permettant de faire face aux demandes et aux défis de la vie) et une estime de soi positive aident à faire face à la vie quotidienne : elles sont associées à la réussite scolaire, au bien-être, au développement des relations interpersonnelles positives, à la perception positive des pairs et à l’acquisition d’habiletés d’adaptation.

PAYTON( 2000) a montré l’utilité d’interventions visant à augmenter l’effet de facteurs de protection associés à la santé mentale tels que l’estime de soi, les habiletés cognitives , les habiletés de communication, de résolution de problèmes, d’adaptation.Si les jeunes n’ont pas bénéficié tôt d’occasions permettant d’acquérir ces compétences, il seraient en situation de plus grande vulnérabilité pour connaître un état dépressif, pour être rejeté par les pairs et pour s’engager dans des comportements destructeurs.

L’école peut contribuer à favoriser l’engagement communautaire des jeunes et leur sentiment d’appartenance à la collectivité par des activités.

Des preuves ( GREENBERG , 2001) existent sur l’utilité de programmes promouvant la compétence sociale et émotionnelle ( le programme Promoting Alternative Thinking Strategies).

Certains auteurs montrent que le développement de l’estime de soi ( dépendant entre autres facteurs du sentiment de compétence du jeune, de l’attitude positive de l’enseignant et d’un climat de classe favorable) aurait plus d’impact que des programmes agissant à différents niveaux , sur différents objectifs ( Stewart Brown, 2006).

Des programmes multimodaux visant le développement des compétences cognitives et émotionnelles des enfants comprenant des actions conjuguées auprès des enfants, des parents ( capacités éducatives des parents renforcées dans la communication avec leurs enfants ( WELLS, DURLAK), GREENBERG 2001) et des enseignants ( management proactif, méthodes interactives et apprentissage coopératif) ont montré des résultats intéressants chez les jeunes par une réduction des comportements violents et délinquants, l’abus d’alcool, l’engagement dans la scolarité .

BIBEAU ,COLES et LACROIX ont évalué un programme destiné à lutter contre le rackett en milieu scolaire par le développement d’habiletés sociales et personnelles. Intervention de groupe auprès de témoins,victimes, et taxeurs, éducation par les pairs aidants, rôle de la justice et ressources de vidéos et d’aides. L’impact de ce programme a été favorable montrant l’aptitude des jeunes à dire NON aux taxeurs et leur capacité à dénoncer .

Des interventions associant une action sur l’acquisition de ressources personnelles de base à un programme de formation aux habiletés parentales a montré des résultats significatifs sur la réduction du nombre d’agressions dans l’école et de différents problèmes de comportement.

Modèle combinant l’approche de Mac Donald et d’Albee : distinction de la promotion de la santé mentale et de la prévention des troubles mentaux. Ce modèle a été utilisé pour évaluer les interventions destinées à favoriser le bien-être à l’école et à prévenir les comportements violents. ( extrait de l’Avis scientifique sur les interventions efficaces en promotion de la santé mentale et en prévention des troubles mentaux, INSPQ, 2008)

Il semble important de progresser par étapes dans ce vaste sujet : promouvoir le bien-être à l’école car il suppose une réflexion large et pluridisciplinaire sur les conditions à réunir pour que l’école soit un lieu de développement de l’enfant et pas seulement un lieu d’instruction.

Les questions deviennent alors celles de la place de l’ individu pour faire quelle société ? La représentation de la place de l’homme dans la société ne peut pas être économisée. La recherche de sens à donner aux apprentissages ( André GIORDAN colloque UNESCO, 2013)

Quelle place dans les institutions scolaires pour les différents acteurs ? Comment concerner chacun d’entre eux à l’importance du développement du bien-être des élèves pour les apprentissages ?

Le développement des intelligences créatrice, abstraite, émotionnelle, de situation…leur place dans la formation de l’élève

Comment impliquer les acteurs de la communauté éducative dans le développement de facteurs de protection de la santé mentale ?

Comment éviter les clichés, les stéréotypes «  parents démissionnaires »ou autre facteur de perturbation de la communication entre les acteurs ? Edgar MORIN ( colloque UNESCO 2013) parlait de la nécessité de la culture de l’intercompréhension humaine à développer dès le plus jeune âge pour l’humanisation de l’école, de l’importance à faire réfléchir les enfants au statut de la connaissance, à ce qu’est l’homme, à la complexité de l’identité( complexus=ce qui est tissé ensemble) .

Comment conjuguer l’acquisition des connaissances prévues par les programmes à la fonction éducative ( ex-ducere ; permettre au sujet d’advenir) ? Quelles formations des enseignants pour leur permettre de transmettre des connaissances sans faire abstraction des individus singuliers ? Comment les aider dans leurs missions ?

Quelle reconnaissance des besoins spécifiques des élèves dans un système contraint ? Comment prévenir l’échec scolaire dont la corrélation à la violence est connue ?

1) Un temps consacré au harcèlement en milieu scolaire ( témoignages )

  1. Un temps consacré aux facteurs de protection ( ce qui ne se réduit pas à éviter les violences) favorisant le bien-être de l’élève* la place du développement des habiletés psychosociales des élèves dans le parcours scolaire ( ces compétences ne sont pas la panacée et doivent s’inscrire dans une politique globale de l’éducation et de la citoyenneté)* la reconnaissance des besoins spécifiques de l’élève ( ce qui pose , entre autres questions celle de l’enfant en situation de handicap )

* les parents, les enseignants, les administratifs, les interactions avec la communauté où se trouve l’établissement scolaire : comment favoriser l’intercompréhension humaine ?

* expériences pédagogiques ! Donner du sens, développer les différentes formes d’intelligence ; favoriser le travail en équipe, impliquer les élèves et des associations dans et en dehors de l’établissement

* comment réduire la pression qu’exerce le sentiment de maîtrise de la vie future sur l’élève par la survalorisation des performances à obtenir à temps ?

2) L’école de rêve

Une école qui donne ses chances à tous, qui reconnaît les différentes formes d’intelligence de l’être humain et les différents rythmes d’acquisition. Une école qui forme des citoyens responsables, autonomes car doués d’ une pensée critique, solidaires car ayant développé des capacités de coopération, conscients de la diversité et de sa richesse, de la complexité du monde et d’une nécessaire approche transdisciplinaire pour en tenter la compréhension, tolérants face aux différences de modes d’être. Une école engagée dans la lutte contre les discriminations et contre toute forme d’atteinte à la dignité de l’enfant.

Auteurs du projet : AM Begué-Simon , Patrick Charrier, Marie Odile Simonneaux , Astrid Hirschelmann ,Marie Clainchard , Christian Lucas , Gilles Clainchard , Marie Odile Kebaili , Marie-Charlotte Mano , Philippe Blanc.

19 Novembre 2016 Séminaire Promouvoir le Bien-être à l’école à l’Espace Pasteur

Universel est le bien commun fait de solidarité, de justice et de bienveillance. Singulier est la reconnaissance de la place de chacun dans la société. Encore faut-il qu’il y ait rencontre puis reconnaissance mutuelle. Des espaces de parole , d’écoute et de liens sont la condition pour faire vivre l’Universel et le Singulier.

A l’origine (19 juin 2008), l’association naît sous l’impulsion d’acteurs du champ de la santé, à la suite d’une école d’été organisée en 2006. Cette école était consacrée aux questions pédagogiques posées à la santé publique par les procès de Nüremberg dont les actes ont été réunis dans l’ouvrage Corps soignant corps soigné : vers une refonte de l’éthique publié chez Publibook en 2008

Sur la base de la prise de conscience de la place de l’homme et du caractère fondamental du devoir d’humanité envers chaque individu ,l’association s’est donnée les objectifs suivants :

Organiser des enseignements et des séminaires sur l’éthique et les droits humaines, participer à des débats sur toute question où la réflexion éthique s’impose que ce soit dans le champ de la santé, de la science ou de la vie sociale

Contribuer au développement des capacités critiques face aux savoirs

Après avoir organisé un colloque sur la prévention de la violence au travail en 2013 avec pour Objectifs de montrer l’acception du terme de VIOLENCE ,de connaître liens entre management et santé , de mettre à jour des pratiques individuelles, d’équipe et de management pour promouvoir le bien-être , il nous a semblé nécessaire de poursuivre notre réflexion sur l’école.

Trois mots nous guident: Bien-être, violence et école.

Le bien-être appartient à la définition donnée par l’OMS de la santé : « un état complet de bien-être physique mental et social ». En 1997, le Cadre d’action de la promotion de la santé mentale en Europe nous indiquait déjà que « la santé mentale se construit, puis se déconstruit dans les familles et les écoles, dans les rues et dans les milieux de travail. Elle est le résultat de la façon dont nous sommes traités par les autres et de la façon dont nous traitons autrui ».

L’Observatoire International de la Violence à l’école, 2012 avait montré qu’ 1 élève sur 10 était victime de harcèlement en milieu scolaire dont 5 à 6% l’était de manière sévère. BLAYA ( 2010) montrait que 20 à 25% des élèves absentéistes chroniques ne vont plus à l’école en raison de ce harcèlement. DEBARBIEUX soulignait l’existence d’ un lien très fort entre climat scolaire, qualité des apprentissages, réussite scolaire et victimisation à l’école. Les situations de harcèlement en milieu scolaire laissent chez les élèves des conséquences durables , laissent des parents démunis et des enseignants culpabilisés. Le climat scolaire jouerait un rôle important dans le fait d’atténuer l’impact négatif du contexte socio-économique dans la réusssite scolaire ( Astor, Benbenishty, Estrada, 2009)

L’école, d’après Viviane Kovess, « est un espace privilégié pour répondre aux besoins en santé mentale des jeunes et pour favoriser leur épanouissement ». Actuellement, comme le soulignait Maridjo GRANER, en 2013, « cette institution valorise excessivement l’intelligence scolaire et la réussite individuelle… » Elle formulait un plaidoyer pour le développement de savoir-faire, être, se connaître et vivre ensemble – reconnus comme une base éducative de la responsabilité solidaire !

En 2007, le rapport du Haut Conseil de l’Education indiquait que sur une classe d’âge environ 800000 enfants, 100000 n’acquièrent pas les connaissances de base -lecture et écriture, 200000 ont des acquis fragiles et insuffisants. Le rapport de l’Organisation de coopération et de développement économique ( 2009) insistait sur trois points liés à l’école au terme d’une comparaison entre 34 pays : le bien-être dans le système éducatif montrant que la France est classée 15 ème sur 21 pays dans l’étude de l’UNICEF. Pour le bien-être global ,elle est en 14ème position. Les connaissances scolaires acquises par les élèves à 15 ans évaluées dans le Programme International pour le Suivi des Acquis montrent des résultats français décevants pour la compréhension de l’écrit ( 14 ème sur 30). A la fin de la 4ème année de scolarité, les élèves français sont en 20ème position pour l’évaluation de la lecture. Moins d’un jeune français sur deux déclare se sentir bien à l’école, le plus mauvais score des 41 pays sondés par l’enquête PISA en 2003. A l’issue du collège , 4 élèves sur 10 considèrent que leur orientation a été plus subie que choisie.

Une enquête menée par FONDAPOL en 2008 montrait que 26 % des français de 16 à 29 ans jugeaient leur avenir prometteur contre 60 % des danois ou 54 % des américains. Le jeune français cherche à se placer tandis que le jeune danois cherche à se trouver ( Van de Velde C.Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe Paris PUF « Le lien social », 2008 ) .

De l’espoir dans la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République (juillet 2013) qui souhaite « faire de l’école un lieu de réussite, d’autonomie et d’épanouissement pour tous : un lieu d’éveil à l’envie et au plaisir d’apprendre, à la curiosité intellectuelle, à l’ouverture d’esprit, à l’éducation au sensible : un lieu où il est possible d’apprendre et d’enseigner dans de bonnes conditions… » 

L’école a aussi une mission, celle de former des citoyens, ce qui implique le développement de la pensée critique et celui de la liberté d’esprit. Martha Nussbaum retenait dans son livre « Les émotions démocratiques « l’importance de la tâche des écoles et des universités en cultivant chez les élèves et chez les étudiants la capacité de se concevoir comme les membres d’une nation hétérogène et d’un monde qui l’est davantage, en promouvant la compréhension de l’histoire et du caractère des différents groupes qui l’habitent…Elle disait d’ailleurs que toute étude sérieuse de son propre groupe doit s’ancrer dans l’histoire mondiale. »

NUSSBAUM affirmait que des pays soucieux des individus, désireux de promouvoir le droit à la vie, à la liberté, à la poursuite du bonheur seront attentifs au développement de la capacité de raisonner adéquatement sur les questions politiques qui concernent le pays, d’examiner, de réfléchir, de débattre, d’argumenter sans se rapporter à la tradition ou à l’autorité, au dvpt de la capacité de reconnaître ses concitoyens comme des personnes dotées de droits égaux aussi différents qu’ils puissent être par la race, la religion, le genre, la sexualité, au développemnt de la capacité d’imaginer une variété de problèmes complexes qui affectent l’histoire d’une vie humaine, au dvpt de la capacité de juger les décideurs politiques, au dvpt de la capacité de penser au bien du pays dans son entier, au dvpt de la capacité de voir son pays comme une fraction d’un ordre mondial complexe et de parvenir à des délibérations transnationales…

Rabindranath TAGORE avait créé une école où dès le plus jeune âge il était appris aux enfants les différentes religions et les différentes traditions ethniques.

TAGORE soutenait que l’information sur un stigma social et une inégalité ne fournissent pas toute la compréhension dont un citoyen démocratique a besoin, il faut encore participer à cette position stigmatisée, ce que permettent littérature et théâtre. Ainsi les écoles qui omettent les arts délaissent des opportunités importantes pour la compréhension démocratique… »

John DEWEY lui aussi recherchait une éducation susceptible de former des citoyens du monde et pensait que lorsque l’histoire était enseignée avec un intérêt exclusif pour les aspects politiques et militaires, la citoyenneté démocratique en souffrait » l’histoire économique est plus humaine et par conséquent plus émancipatrice que l’histoire politique. Elle traite non du succès et de la chute des principautés et des puissances mais de la croissance des libertés réelles. Et DEWEY mettait en pratique ses préceptes dans la Laboratory School , même de très jeunes enfants apprenaient à s’interroger sur les processus qui produisent les objets d’usage quotidien...ce que DEWEY critiquait était l’éducation abstraite détachée de la vie humaine.

JC DEVEZE «  dans Citoyens impliquons nous «  nous fait réfléchir sur ce qu’est la démocratie et sur les conditions qu’elle requiert «  Notre démocratie a besoin de la vertu de ses dirigeants comme des citoyens. Cette vertu s’appuie sur une éthique pratiquée sur le terrain et reposant sur l’attention à l’autre . Et pour réinventer la démocratie : « promouvoir l’éducation civique permanente et l’éthique du débat… »

Ce colloque devrait contribuer à la conscientisation de tous sur différents points, tels que l’importance de la promotion du bien-être en lien avec celle de la santé mentale pour permettre les apprentissages  ; les conséquences psychiques et sociales du harcèlement ; l’intégration de l’école dans la communauté , l’importance de l’accueil de tous les parents dans les établissements scolaires et l’importance de la motivation de tous pour contribuer au développement de chaque enfant dans des valeurs de solidarité et de justice

Maridjo GRANER , en 2013 parlait des vertus civilisatrices de l’éducation psychosociale .Si les programmes de développement des compétences psychosociales ne constituent pas une panacée éducative, elles sont une partie importante d’une politique plus globale prenant en compte la totalité des facteurs à réunir pour favoriser la réussite scolaire et le bien-être de chaque élève.

Des programmes de prévention impliquant la coopération avec les parents, des actions envers et avec les élèves avec les enseignants et avec les personnels administratifs de l’établissement ont pu montrer un impact favorable sur la prévention de la violence par le développement des compétences psycho-sociales chez les élèves, par la formation à une pédagogie interactive, par du soutien parental et par une réflexion sur les modes de communication à l’intérieur de l’établissement.

J’aimerais conclure avec une réflexion d’Edgar MORIN « sur l’importance à introduire la compréhension en profondeur dans les esprits des enfants ce qui serait les civiliser en profondeur…il faudrait pouvoir enseigner la compréhension dès l’école primaire et poursuivre via le secondaire jusqu’à l’université. »

Intervenants en 2016  : Astrid HIRSCHELMAN Maître de Conférences -HDT psychopathologie et criminologie  Université Rennes 2, Gilles OLLIVIER, enseignant d’histoire au Lycée Chateaubriand,  Marie Christine GARNIER (ATD Quart Monde). Stéphanie PERICHAUD, art-hérapeute Témoignages.

L’école sur les chemins de la réalisation de soi ou comment tendre vers le bien-être (à l’école)

Par Astrid Hirschelmann,

Résumé:

Aller à l’école avec plaisir, le plaisir d’apprendre, le plaisir du vivre-ensemble sont des principes simples mais qui sont loin d’aller de soi. Notamment lorsque sont évoquées les diverses formes de violences à l’école, qui font de l’école pour certains élèves et enseignants un vrai calvaire. Ces dernières ne sont pas nécessairement directement causées par l’école, mais se passent à l’école. Pourquoi ? Parce que l’école présente un lieu de vie collective par lequel nous passons tous et ce pour une période d’au moins 10 à 15 ans de notre vie. Dans la mesure où cette période se situe au tout début de notre vie, on peut imaginer à quel point elle est déterminante pour notre individuation, notre socialisation, nos apprentissages intellectuels mais aussi l’acquisition de notre responsabilité sociale, collective, bref, on mesure à quel point elle impacte notre épanouissement et développement. L’école présente une micro-société, une famille en quelque sorte, avec ses travers mais aussi ses facteurs positifs, de protection. En prendre conscience, notamment lorsqu’il est question de violences, harcèlement et des nouvelles ou anciennes formes de mal-être à l’école, c’est l’objectif de cette présentation introductive à ce colloque. Pour promouvoir le bien-être à l’école, il faut promouvoir le savoir comme porteur de responsabilité, celle de nous tous concernés de près ou de loin par l’école, et surtout tous concernés par notre bien-être !

Merci Gilles Ollivier d’avoir accepté notre invitation à partager vos réflexions sur les conditions à réunir pour favoriser le bien-être à l’école, qui, de notre point de vue est essentiel pour favoriser la formation scolaire des élèves.

« Je reprends , pour y répondre succinctement, les questions que vous m’avez proposées. Je pourrai m’appuyer sur les projets que j’ai menés au collège des Chalais (Shoah, migrations) et au lycée Chateaubriand (migrations, camp des nomades, travail avec artistes sur la notion de conflit) – populations différentes, mais thèmes communs  tels que singularité et altérité, exister ensemble « .

  1. Comment de votre place d’enseignant voyez-vous votre rôle pour que le jeune vive sa scolarité avec la joie d’apprendre, avec le plaisir d’être dans l’établissement scolaire ?

Réponse : les mots-clés : ouverture et bienveillance ; proposer des projets collectifs dans lesquels chacune et chacun des élèves peuvent apporter et construire, prendre sa place et s’épanouir. 

  1. Les textes voulant refonder l’école parlent beaucoup de développement de compétences, concept et processus néolibéral qui tend à placer davantage l’éducation au service des besoins de l’économie plutôt qu’au service de l’enfant. Qu’en pensez-vous ?

Réponse :Ambivalence de la notion de compétence.

Réponse : Les compétences peuvent être utilisées en ne débordant pas du champ pédagogique.

  1. Dans votre chemin professionnel avez-vous, à un moment vécu la difficulté d’enseigner ? Quelles raisons avez-vous trouvé à cette difficulté ?

Réponse : Difficulté d’enseigner ? le problème de communication interne et externe par rapport à ce qui est fait.

Les raisons ? Les pratiques des enseignants, les représentations des familles et le fonctionnement de l’institution.

  1. Quelles solutions ?Réponse : Donner plus de liberté aux enseignants et aux élèves pour construire ensemble.

5) Pensez-vous que toutes les possibilités de développement de l’élève soient utilisées dans le lycée aujourd’hui ?

Réponse :Développer les démarches de création ouverte sur l’extérieur, sans faire disparaître la transmission ainsi renouvelée(relations entre élèves et enseignants, entre élèves, entre élèves et extérieur).

6) Comment conjuguer l’acquisition des connaissances prévues par les programmes à la fonction éducative ( ex-ducere ; permettre au sujet d’advenir) ?

Réponse : la démarche de projet de classe (projet pédagogique, mais aussi éducatif et culturel) facilite grandement.

Par quelles expériences pédagogiques, pouvez-vous susciter chez vos élèves l’éveil de la citoyenneté ?

Réponse :L’éveil de la citoyenneté peut être envisagé par tout type de projet pédagogique ayant volonté de construire ensemble.

Comment réduire la pression qu’exerce le sentiment de maîtrise de la vie future sur l’élève par la survalorisation des performances à obtenir à temps ?

Réponse :Comment réduire la pression ? Lien avec question 1° Accompagnement par enseignants, notamment à partir de consignes claires et graduées, progressives + entraide des élèves dans les groupes à l’oeuvre.

Quelle place concevez-vous pour la famille de l’élève dans l’enseignement que vous organisez ?

Réponse :La place de la famille  : il est nécessaire d’avoir des liens d’ouverture et d’écoute de chaque côté, surtout à l’écoute de l’élève : explications de ce qui est fait : comment ? Pourquoi ? Bilans et rencontres intermédiaires ; Restitution publique avec parents invités. 

10° Quelle articulation imaginez-vous entre l’établissement scolaire et la communauté dans laquelle il est implanté ?

Réponse : partenariats avec institutions et associations socio-culturelles, chacun intervenant avec ses compétences, sans chercher à se substituer à l’autre. Aider au devenir d’une personnalité et d’un-e- citoyen-ne ne s’improvise pas  : se méfier des postures militantes. Ce qui importe c’est d’amener les jeunes à accéder à une autonomie de jugement.

Présentation de l’approche communautaire intégrative: espace d’écoute, de dialogue et de partage, outil de prévention des violences.

Présentation de la place de l’art-thérapie dans les situations de violences vécues à l’école Stéphanie PERICHAUD

– Qui suis-je? (qu’est-ce que l’art-thérapie?)

– Qu’est-ce que le harcèlement?: harcèlement moral, physique, cyber-harcèlement, les fausses rumeurs. A quel moment parle-t-on de harcèlement?

– Les conséquences pour la victime: la triade estime de soi/ confiance en soi/ affirmation de soi mise à mal; quand le fatalisme s’installe; idées noires, idées morbides, passage à l’acte,le silence de la victime.

– le théâtre forum: qu’est-ce? le groupe comme support de désactivation de la victimisation, utilisation de ses propres ressources internes; 

– les harceleurs: pourquoi ne les voit-on que rarement dans nos cabinets (postulats), structure du harceleur.

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L’accès à l’éducation : participation d’ATD QUART Monde, M-C Garnier

ATD Quart Monde en quelques mots :

Créé avec des personnes en grande pauvreté par Joseph Wresinski  à la fin des années 50,  ATD Quart Monde est devenu un mouvement international qui mène des actions visant à détruire la misère par l’accès de tous aux droits fondamentaux. Le Mouvement ATD Quart Monde a fait évoluer la lutte contre la pauvreté pour la faire passer d’objet de charité à  la lutte pour les droits de l’homme.

Il n’y a aucun don d’argent ou en nature.

L’éducation a toujours été considérée par ATD Quart Monde comme étant le meilleur moyen de lutter contre la misère par l’accès au savoir, et donc la possibilité ensuite de se battre pour ses droits. C’est ATD Quart Monde qui est à l’initiative des bibliothèques de rues, afin de rapprocher les plus démunis des livres ; ATD a aussi créé les festivals des arts et des savoirs, les université populaires quart monde…

Quelques constats et réflexions sur les difficultés de l’école à résoudre les inégalités scolaires

  • rapport Pisa 2012

Le système d’éducation français est plus inégalitaire en 2012 qu’il ne l’était 9 ans auparavant et les inégalités sociales se sont surtout aggravées entre 2003 et 2006 (43 points en 2003 contre 55 en 2006 et 57 points en 2012). En France, lorsque l’on appartient à un milieu défavorisé, on a clairement aujourd’hui moins de chances de réussir qu’en 2003.

En France, les élèves issus d’un milieu socio-économique défavorisé n’obtiennent pas seulement des résultats nettement inférieurs, ils sont aussi moins impliqués, attachés à leur école, persévérants, et beaucoup plus anxieux par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE.

  • paroles de parents, de jeunes (tirés de l’avis du CESE)

« Nous, les parents, ne voulons pas que ce que nous avons vécu petits, l’humiliation, le rejet, se reproduisent sur nos enfants. » une maman

« J’ai arrêté l’école à 15 ans et demi. En 3ème SEGPA, je n’ai pas passé le Certificat de formation générale (CFG), les profs n’ont pas voulu m’inscrire. Après, ils voulaient tout décider pour moi. Là-bas, on ne te demande pas ce que tu veux faire. » une jeune adulte

« Pour réussir à l’école, quand on est heureux, quand on sait que l’on peut compter sur certaines personnes, ça nous aide à réussir ce qu’on entreprend » un jeune

  • Quelques éléments pour comprendre
    1. a) Ce que disent les personnes vivant la grande pauvreté

« La pauvreté, c’est pas seulement dans les poches, c’est dans la tête. »

« La misère, c’est quand tu ne sais pas comment fonctionne le monde, un peu comme si tu étais hors du monde. »

« La pauvreté, c’est être traité comme rien, moins que rien, et l’accepter. »

« La pauvreté, c’est avoir besoin d’aide, mais avoir trop peur d’être jugée comme une mère incapable pour la demander. »

« Dans le fait d’être pauvre, le pire, c’est de regarder la vie passer et de ne jamais être dedans. C’est difficile, car même si on fait des efforts pour être dedans, on n’y arrive pas. On ne veut pas de nous. »

« Le plus dur, quand on est pauvre, ce n’est pas de ne pas avoir de sous, c’est de ne pas être reconnu, c’est de ne pas avoir de place dans la société. »

« La pauvreté, c’est ne pas avoir une seule personne à qui parler qui ne soit payée pour m’écouter. »

  1. b) ce que ça implique

– pas de connivence entre les personnes qui vivent la pauvreté et l’école. Méconnaissance du système et de ses codes, codes qui sont d’ailleurs en grande partie implicites.

– méconnaissance réciproque entre les enseignants et les parents des milieux les plus populaires. Notons qu’avec l’élévation du niveau d’études pour devenir enseignant, il n’y a quasiment plus d’enseignant issu des milieux populaires. Ce qui aggrave le fossé…

– Cette méconnaissance engendre une certaine méfiance, voire des peurs réciproques, des incompréhensions et même des conflits.

ATD Quart Monde et l’école

Un des axes principaux est le travail sur les relations école-familles : une meilleure connaissance réciproque et de meilleures relations = moins de risque de conflit de loyauté pour l’enfant.

Nous nous situons dans une démarche de co-éducation : Reconnaissance que chacun est partenaire de l’autre ou des autres car cela concerne tous les acteurs éducatifs au-delà même des enseignants, les jeunes et leurs familles. Mais  il ne suffit pas de décréter la co-éducation. Il faut créer les conditions pour qu’elle se fasse en levant les obstacles dont j’ai parlé tout à l’heure.

  • Projet de Maurepas, à Rennes

En quelques mots :

En 1998, un partenariat s’est développé en Bretagne, entre ATD Quart Monde et le ministère de l’éducation nationale.

Il s’est concrétisé par la création d’un groupe « Familles, école, grande pauvreté », rassemblant des professionnels de l’éducation (enseignants, formateurs, inspecteurs) et des membres du mouvement ATD Quart Monde. Un chercheur en sciences de l’éducation a participé également à ce groupe.

En 2004, ce groupe a créé un premier outil de formation édité par le Scérén [CNDP-CRDP] :
« Familles, école, grande pauvreté, dénouer les nœuds d’incompréhension ».

Il comprend notamment un film « C’est même pas le même regard » qui met en évidence les causes d’incompréhension.

Pour ma part, j’ai rencontré ATD Quart Monde en 2007, lorsque le mouvement a engagé un projet-pilote sous forme de recherche action sur le quartier de Maurepas à Rennes qui compte 2 groupes scolaires. J’étais enseignante dans l’un d’entre eux. Le titre de ce projet « En associant leurs parents à l’école, tous les enfants peuvent réussir »

Ce projet a mobilisé six partenaires associés par une convention :

  • la Ville de Rennes impliquée par ses élus, son projet de réussite éducative, sa direction de quartier,
  • l’Inspection Académique d’Ille-et-Vilaine par le directeur académique, les inspecteurs de l’éducation nationale en charge de la circonscription et les écoles publiques du quartier, son Réseau de Réussite Scolaire,
  • l’IUFM pour améliorer la formation des enseignants,
  • la FCPE d’Ille-et-Vilaine, pour mieux représenter les parents défavorisés,
  • l’université Rennes 2
  • et le mouvement ATD Quart Monde.

La méthode du projet est basée sur un travail entre pairs (parents ou enseignants, séparément) qui prépare des rencontres entre parents et enseignants. Toutes les rencontres ont volontairement associé les personnes des deux écoles publiques du quartier, l’école Trégain et l’école des Gantelles, maternelle et élémentaire réunies.

Les thématiques abordées permettent d’orienter la réflexion. Ainsi, les échanges ont porté sur les modalités de communication entre parents et enseignants (langue, langage, moyens), sur le vécu des parents à l’école, sur la confiance et l’estime de soi, sur ce que les parents peuvent apporter à l’école, sur le sens du mot « réussite », sur la lisibilité de l’école et du travail dans la classe.

Ce travail s’est déroulé sur une période de 4 années scolaires.

Le groupe des parents s’est réuni une quarantaine de fois (dix par an) dans les espaces -parents des deux écoles. (entre deux et une dizaine de parents à chaque fois). Ces rencontres étaient animées par l’animateur famille/éducation du projet de la Réussite éducative de la Ville de Rennes et par un volontaire permanent de l’association ATD Quart Monde. Le dialogue se construisait à partir d’un thème précis et était enregistré et transcrit. Un important travail de rencontres individuelles a été effectué par une volontaire permanente d’ATD Quart Monde pour motiver l’implication des parents les plus éloignés de l’école, les mettre en confiance pour qu’ils osent venir dans l’école et aux réunions.

Le groupe des enseignants s’est réuni quatre fois par an en moyenne sous la forme d’un groupe d’analyse de pratiques. Il était basé sur une participation libre et composé d’une dizaine d’enseignants. Il était co-animé par le coordinateur du Réseau de Réussite Scolaire et un bénévole d’ATD Quart Monde lui-même ancien directeur adjoint de l’IUFM de Bretagne

Tout ce travail a notamment mis en évidence les méconnaissances, les peurs, les incompréhensions, les préjugés…  qui existent entre les professionnels de l’éducation et les familles que l’on dit « les plus éloignées de l’école » et qui peuvent avoir des conséquences importantes sur les parcours scolaires des enfants des familles les plus populaires.

  • Création d’un outil de formation

A l’issue de ces 4 années de travail,  les animateurs du projet ont décidé d’élaborer un nouvel outil de formation à partir de tout ce qui avait été fait, qui est hébergé par Canopé et en accès gratuit. « Familles, école, grande pauvreté, quand parents et enseignants s’en mêlent »

Cet outil est très demandé et très utilisé en formation, notamment dans les réseaux d’éducation prioritaire afin d’aider les équipes à réfléchir et améliorer cette relation parents-enseignants

  • Extension aux 21 quartiers

Parallèlement à ce travail sur Rennes, des expériences similaires ont eu lieu dans plusieurs quartiers en France (Chantier des 21 quartiers de 2009 à 2014) avec des séminaires annuels de rencontres pour partager et avancer ensemble.

  • 1001 Territoires

Pour continuer ce travail et le diffuser encore plus, un nouveau collectif, plus élargi, a vu le jour en 2015 « 1001 Territoires se mobilisent avec les parents pour la réussite de tous les enfants »

Des raisons d’espérer

  • Au niveau institutionnel:

le travail avec les parents est une priorité donnée par l’Éducation nationale dans la loi de refondation de l’école de juillet 2013 et régulièrement rappelé depuis par la ministre de l’Éducation nationale.

« L’éducation est la première priorité nationale. Le service public de l’éducation est conçu et organisé en fonction des élèves et des étudiants. Il contribue à l’égalité des chances et à lutter contre les inégalités sociales et territoriales en matière de réussite scolaire et éducative. Il reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d’apprendre et de progresser. Il veille à l’inclusion scolaire de tous les enfants, sans aucune distinction. Il veille également à la mixité sociale des publics scolarisés au sein des établissements d’enseignement. Pour garantir la réussite de tous, l’école se construit avec la participation des parents, quelle que soit leur origine sociale. Elle s’enrichit et se conforte par le dialogue et la coopération entre tous les acteurs de la communauté éducative. »

  • Sur le plan de la formation :

Les professionnels ressentent la nécessité d’approfondir ce sujet et de nombreuses formations sont mises en place (notamment, l’outil de formation est très demandé et très utilisé en formation, que ce soit au sein des équipes enseignantes REP, mais aussi des formations initiales, des formations des personnels d’encadrement de l’Éducation nationale et de toutes autres personnes intervenant dans l’éducation…) Cette formation est facilitée dans les REP+ par des dégagements d’heures sur temps scolaire avec le remplacement des enseignants en formation

  • Avis du CESE « une école de la réussite pour tous »,

Il a été présenté en mai 2015 par Marie-Aleth GRARD, vice-présidente d’ATD Quart Monde et membre de la section « éducation, culture et communication » au CESE. Cet avis a voulu mettre en lumière des lieux, des équipes, des manières de travailler qui permettent de bien vivre à l’école…

Dans cet avis, on trouve un certain nombre de préconisations (59) dont certaines sont commune avec celles portées par Jean-Paul Delahaye, Inspecteur Général de l’Éducation nationale chargé de mission par la ministre de l’Éducation d’un rapport sur « Grande pauvreté et réussite scolaire» , sous-titré : le choix de la solidarité pour la réussite de tous.

quelques préconisations tirées de l’Avis du CESE :

Préconisation 28

Le CESE recommande d’accueillir les parents dans tous les moments informels tels que le début ou la fin de la  journée scolaire, les moments de fête, voire éventuellement à des moments d’apprentissage, etc. De plus, il est important que les rencontres entre parents et enseignants soient régulières pour évaluer et valoriser les progrès de l’élève. Ces rencontres sont la reconnaissance du rôle des parents en tant que premiers éducateurs de leur enfant. Elles mettent parents et enseignants dans une écoute et un respect réciproques.

Préconisation 29

Le CESE rappelle que l’école laïque et républicaine se doit d’accepter tous les parents.

Préconisation 30

Le CESE recommande aux directeurs, aux chefs d’établissements et aux membres des équipes éducatives de rechercher et promouvoir  les pratiques (autre lieu, moment convivial) qui permettent de rencontrer tous les parents d’élèves, y compris ceux qui sont très éloignés de l’école pour des raisons sociales ou culturelles.

Préconisation 31

Si la loi de Refondation de l’Ecole de la République préconise un espace parents dans chaque établissement scolaire, il est essentiel de permettre à tous les parents de pouvoir y venir : le CESE souligne l’intérêt que ce lieu soit animé par une personne extérieure au corps enseignant, dans le respect des fonctions des uns et des autres

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