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A la suite de la délibération du Conseil d’Administration, l’association publie le texte suivant/

Apparence et Protestation ( 2009)

Chers collègues, chers amis,

Après 21 ans d’activité à l’école de santé publique de Rennes, je vous fais part d’un dilemme majeur auquel nous sommes confrontés : œuvrer pour la santé de tous ou pour l’argent de quelques uns.

Les données scientifiques actuellement disponibles montrent que le dépistage cause une épidémie apparente de cancer. Le phénomène est d’envergure : en France, plus de 100 nouvelles femmes se font opérer chaque jour inutilement d’un  » cancer  » du sein et subiront les conséquences de traitements médicaux agressifs pendant plusieurs années. Ce problème existe dans les pays industrialisés pour les tumeurs solides de toute localisation dès lors qu’elles se font dépister. Un diagnostic de cancer peut être faux : l’examen au microscope d’une biopsie ponctuelle consécutive au dépistage n’est pas fiable pour prédire l’évolution d’une tumeur. Chaque surdiagnostic donne l’illusion du succès des traitements, ce qui renforce à tort la conviction des soignants et des soignés sur l’utilité du dépistage. Les données françaises sont de grande qualité. Récemment, j’y ai recouru lors d’un congrès international à Londres pour argumenter un projet de recherche visant à résoudre ce problème.

Pourquoi n’y a-t-il pas un large débat sur cette question en France ? Sans doute parce qu’une réduction du nombre de faux diagnostics entre directement en conflit avec des intérêts financiers considérables. En France, les dépenses pour le traitement médicamenteux des vrais et des pseudo-cancers ont passé de 473 millions en 2004 à 847 millions en 2007.

En 2007, Antoine Flahault a signalé dans une publication scientifique que le surdiagnostic est un sujet de préoccupation important mais en 2008, après sa nomination comme doyen de l’EHESP par le Président Sarkozy, il m’a demandé de changer de sujet de recherche ou de partir à l’étranger. Le professeur Kaplan m’a accueilli cette année à l’Université de Californie Los Angeles. Son livre intitulé  » Maladies, diagnostics et dollars – comment faire face à la croissance continue du marché des soins médicaux «  dénonce le danger du surdiagnostic pour plusieurs maladies chroniques. Il questionne la pertinence du dépistage du cancer du sein en se référant d’emblée à un travail que j’avais réalisé en France. Il évoque ensuite les recherches de Per-Henrik Zahl de l’institut norvégien de santé publique avec qui j’ai évalué la progression du surdiagnostic du cancer du sein à partir des données françaises.

En septembre, j’ai annoncé mon souhait d’honorer les missions d’enseignement et de recherche qui m’avaient été confiées à l’EHESP pour 2009-2010, notamment par Antoine Flahault. A ma surprise, il m’a alors fait savoir ma mise à la retraite d’office à partir du 24 novembre 2009, date de mon 65ème anniversaire. Les avocats que j’ai mandatés pour répondre à Antoine Flahault lui ont écrit le 17 novembre que sa démarche était illégale, tant sur la forme que sur le fond. Une décision unilatérale de rupture de contrat serait discriminatoire selon l’âge.

En poursuivant mon activité à l’EHESP, je souhaiterais apporter ma contribution à la résolution du problème du surdiagnostic avec des chercheurs et des soignants, notamment en France, en Europe et aux Etats-Unis.

Ma situation illustre un dilemme entre santé et intéressement financier aux enjeux considérables. Chacun de nous peut contribuer à le résoudre dans le bon sens.

Cordialement.

Bernard Junod, signataire de la charte du FORMINDEP

PS : La partie n’est pas perdue d’avance : le protestantisme a réussi à faire régresser le marché des indulgences…

Publié en 2008 les actes des rencontres inter-universitaires tenues à Rennes, Paris, Strasbourg en 2006:

Corps soignant corps soigné : vers une refonte de l’éthique ? Le procès des grands criminels de guerre et le procès des médecins à Nuremberg 1946-2006 .Questions pédagogiques posées par ces évènements. sous la direction d’A-M Begué-Simon,édité par PUBLIBOOK,